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Hassan Sharif |
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Suivant cinq ans d’études d’art à Londres, Hassan Sharif retourna en 1984 à Dubaï. Il voulait contribuer à une nouvelle approche artistique dans son pays, ouvrir une perspective internationale et en arriver à un discours productif. C'est ainsi qu'il devint l'initiateur dans les Émirats Arabes Réunis d'un mouvement expérimental pour des équivalences artistiques à une identité hybride, dans laquelle la mémoire d'un passé proche de tribus de bédouins nomades se lie avec une actualité hypermoderne. Depuis sa fondation du Groupe des Cinq [1] au milieu des années 1980, Hassan Sharif est la figure de proue d'une scène de plus en plus jeune à la quête de nouvelles formules aussi bien dans l'art que dans la vie. |
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Hassan Sharif, nous ayant prévenu que sa maison était difficile à trouver, nous proposa un rendez-vous dans un hôtel avoisinant. Il nous attendait en compagnie d'un ami, le réalisateur d'origine indienne, Valsalan Kanara, dans le hall de cet hôtel de luxe situé sur la rue Sheikh Zayed Road,style futuriste, dans la partie sud de Dubaï. Quelque 100 mètres plus loin, un parking sauvage marque le début du quartier poussiéreux du Boomtown, ici en principe une autoroute construite des deux côtés. Immédiatement à côté s'étale le quartier plus ancien avec des bâtiments simples, de deux étages au plus, dans lequel habite Hassan Sharif. Tant qu'il y avait encore un peu d'ombre, nous étions assis dans la cour de la petite maison, entre les hibiscus et les yuccas. C'est ici qu’Hassan Sharif travaille, qu'il déchire, plie, superpose, colle, relie et noue ses objets rustiques en carton, cartonnages, tissus, restes de coton, fils de fer et autres matériaux peu précieux. On lui demande souvent, ce qu'il y aurait d'artistique à son travail, et en effet, il répond: "c'est tellement simple que n'importe qui pourrait le faire, et c'est ça que je souligne. Mais une facette invisible de mon travail, mes pensées, mes écrits, ma théorie, ma philosophie, fait également partie intégrale de ces oeuvres." Un facteur principal est celui du temps. Chaque oeuvre est créée par la répétition prolongée des mêmes gestes, comme une méditation, pas dans la tradition islamique mais plutôt dans un sens moderne, post-moderne même. En fin de compte, ce processus est matérialisé dans chaque objet, qui porte en lui-même le temps de sa création. Les oeuvres plus récentes y rajoutent une dimension: Hassan Sharif met clairement en évidence les noms de marque sur les cartons intégrés à son travail, "car nous vivons dans un pays de consommateurs et les logos représentent notre époque. Je n'ai plus besoin de dater mes objets puisqu'on reconnaît déjà l'année à l'emballage que j'utilise." Son art est diamétralement opposé au monde féerique, riche et scintillant qui est la réduction voulue de l'image de Dubaï. Et ce n'est pas étonnant que son art, nullement adapté à un but représentatif, ne trouve pas de sympathisants au sein de la classe supérieure, fascinée par les apparences. Hassan Sharif à ce propos: "une nouvelle forme d’art ne peut se déployer que lorsque la société s'est établie et notre société est encore toute jeune, puisque les Émirats Arabes Réunis n'ont été fondés qu'en 1971. Nous n'avons pas de problèmes avec le gouvernement, mais dans notre pays il y a nombre d'autorités qui préfèrent les artistes traditionnels qui leur peignent les chevaux et les chameaux qu'ils aiment tant. Nous aussi nous pouvons peindre, mais nous essayons d'exprimer quelque chose de nouveau, d'une toute autre manière. On a investi en nous en nous envoyant à l'étranger pour faire des études d'art et nous faisons l'effort de rapporter les résultats de notre formation ainsi que notre expérience à notre pays, mais pour certains, c'est encore trop moderne. On ne nous arrête pas et nous ne sommes pas censurés, on nous respecte même,mais notre art reste incompris et, par conséquent, pas assez encouragé." |
Mais l'état des choses est en progression. Depuis le milieu des années 1990, le cercle autour de Hassan Sharif participe à des expositions importantes à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Le Groupe des Cinq fut invité par exemple en 1994 en Hollande et en 2002 au Ludwig Forum de Aix-la-Chapelle (Allemagne) pour une exposition représentative. À la 6ème Biennale de Sharjah en avril 2003, Sharif reçut une distinction spéciale. Il tient à relativiser ce qu'il avait déjà énoncé en soulignant qu'il se réfère moins aux gouvernements des Émirats de Dubaï et de Sharjah, et surtout au gouvernement central d'Abu Dhabi. Entre temps, comme résultat de la reconnaissance à l'étranger, son approche artistique et celui de ses collègues peuvent à peine être ignorée. "Après plus de trente ans de lutte, la jeune génération a maintenant de meilleures chances à être reconnu, cela me rend heureux, confiant et optimiste pour l'avenir." Hassan Sharif soutient activement les jeunes artistes par ses textes, son savoir, ses conseils et son encouragement. Dans le passé, il a lui-même donné des workshops, maintenant il délègue ce travail aux collègues plus jeunes. Deux d'entre eux, Mohammed Kazem et Khalil Abdul Wahid nous rejoignent plus tard pour nous raconter en détail leurs activités et leurs projets (voir article). Gerhard Haupt et Pat Binder Voir aussi >> l'éditorial
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