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Édition 5 / Galerie Nationale

 

Interview avec Princesse Wijdan Ali

Princesse Wijdan Ali

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Wijdan: Oeuvres sur papier

Fondatrice de la Société Royale des Beaux Arts et la Galerie Nationale des Beaux Arts de Jordanie

Lorsque nous avons présenté ce magazine en ligne l’année dernière lors du symposium de la Biennale de Sharjah, Princesse Wijdan Ali nous proposa son soutien. Sans son assistance active, le focus sur la Jordanie du numéro actuel n’aurait pas été possible. Nous sommes particulièrement heureux du fait que, malgré ses nombreuses autres obligations, Princesse Wijdan Ali a tout de même trouvé le temps pour notre interview email.

Gerhard Haupt et Pat Binder
Universes in Universe


Universes in Universe: Nous avons lu que vous étiez non seulement la première femme à entrer au Ministère des Affaires Étrangères de Jordanie mais aussi la première femme diplomate à representer la Jordanie aux Nations Unies. Pourquoi avez-vous quitté le monde diplomatique pour le monde de l'art?

Wijdan Ali: Lorsque je suis entrée aux Affaires Étrangères de Jordanie, je venais juste de compléter mon sous-diplôme en histoire du Moyen-Orient. Je me suis inscrite à l'examen d'entrée sans informer ma famille qui ne l’a su qu’après ma réussite. Ma mère me permis d'entrer au service diplomatique sous la condition que je ne prenne pas de poste à l'étranger. Nous parlons d'Amman en 1962. Elle m'autorisa néanmoins à participer à des réunions à l'étranger. Lorsque je me suis mariée en 1966, j'ai démissionné parce que mon mari était à l'armée et il m'était de nouveau impossible de prendre un poste à l'étranger. De ce point de vue, il aurait été ridicule pour moi de continuer une carrière de diplomate sans jamais occuper un poste à l'extérieur de la Jordanie. Entre temps je m'étais sérieusement mise à la peinture et finalement je me suis retrouvée totalement engagée dans le monde de l'art.


UiU: Vous avez établi la Galerie Nationale de Jordanie en 1980. Avez-vous mis longtemps à atteindre ce but? Est ce que le musée est basé sur une collection existante? Quel était/est le rôle de la Société Royale des Beaux Arts?

WA: Je dirais que c'est un long processus qui a abouti à l'établissement de la Société Royale des Beaux Arts et éventuellement à la fondation de la Galerie Nationale des Beaux Arts de Jordanie. En tant que femme peintre issue du monde en voie de développement, j'ai trouvé difficile d'exposer mon travail à l'étranger et j’ai dû constater que les artistes du tiers-monde faisaient la même expérience. Dans les années 1960 et 1970, il fallait émigrer et devenir citoyen d'un pays occidental pour pouvoir devenir un artiste accepté au niveau international.

En conséquence, j'ai voulu établir un lieu où les artistes arabes et islamiques puissent exposer leurs oeuvres et être évalués d'après leur propres critères esthétiques, sans devoir se déshabiller. En ce, il s'agissait et il s'agit encore d'une des principales fonctions de la Société Royale des Beaux Arts. La collection a commencé modestement avec une donation de ma part de 77 oeuvres d'art contemporaines du monde islamique. Aujourd'hui ces oeuvres forment le noyau de la collection permanente qui comprend plus de 1800 oeuvres.

Pour ce qui est le rôle de la Société Royale des Beaux Arts, sa principale fonction était, demeure, et sera probablement à l'avenir d'encourager la diversité culturelle, de propager la connaissance artistique et de promouvoir l'art des pays islamiques et des pays en voie de développement.


UiU: À part la concentration de la Galerie Nationale de Jordanie sur l'art contemporain du monde islamique, est-ce que l'idée d'inclure l'art du monde en voie de développement ou du monde en transformation était au programme dès le début? Pourquoi cette décision fut-elle prise?

WA: À l'origine nous avons commencé à petite échelle à la Galerie Nationale; le premier contexte pour une collection moderne était donc le monde islamique. De couvrir la région n’a pas pris très longtemps et nous avons immédiatement ouvert notre concept envers le monde en voie de développement afin de thématiser l'art régional au contexte des pays mêmes et de l'introduire au reste du monde. Avant l'exposition "Chariots of Fire: Contemporary Art from Armenia" (Les Chariots de Feu: Art Contemporain d'Arménie) tenue à la Galerie en 1999, par exemple, nous n'étions pas du tout familier avec l'art moderne de ce pays.

Il est assez curieux d'observer qu’afin d'éviter ou de terminer le conflit et la belligérance, les gouvernements ont recours à des signatures de traités. Néanmoins, peu importe le nombre de pactes et de traités politiques, économiques, agricoles, éducatifs ou militaires en existence entre les nations, il n'y aura pas de paix si la méfiance demeure la norme déterminante et majoritaire. Et l'ignorance culturelle est un des facteurs principaux à inculper notre méfiance. C'est en vain que nous désirons un monde plus propre et plus vert, seulement pour détruire avec dédain les accomplissements humains qui ne nous sont pas familiers. De plus, il ne suffit de donner priorité à l’assistance humanitaire et à l'aide économique, tout en déniant un besoin esthétique à des êtres humains simplement parce qu'il est différent du nôtre.

Nous devons risquer quelque chose afin d'atteindre un but fondamental et exigeant: la promotion de la paix au monde au travers de l'avancement des arts et de l'éradication de l'apartheid culturel. Nous devons tous relever le défi d'apprendre et d'accepter nos différences humaines et de juger les traditions autres par rapport à une valeur et une esthétique qui leur est propre, intégrée à une classification humanitaire plus large. En propageant acceptation et indulgence et en soutenant ceux qui font de même, ainsi qu’avec l’aide de l'éducation et de la beauté, nous pourrons contribuer à l'avenir de notre monde.

La Société permet à la diversité de nos cultures de se montrer et de nous unir par ce fait puisque maintenant la coopération basée sur la reconnaissance et le respect n'est plus une nuance ou une matière de politesse entre les nations. Certes, le développement économique est indispensable à un monde dont les valeurs et les priorités sont globales et basées sur le matérialisme. Néanmoins, nous devons atteindre un équilibre en développant une culture qui à l'avenir mènera à l’épanouissement de notre maturité spirituelle. La Société et la Galerie poursuivent ce même objectif.


UiU: Il est impressionnant de voir les activités de la Galerie au contexte d'expositions itinérantes présentées à l’étranger. Est-ce que c'est parce que vous croyez en l'art comme "ambassadeur" entre les cultures?

WA: L'art n'est pas seulement ambassadeur entre les cultures. C'est un moyen intégral de communication entre les peuples qui transcende nombre de barrières linguistiques et stéréotypées..


UiU: Un article sur le site Internet de Emory University (ÉU) est apparu en 1995 dans le contexte de l'exposition à Atlanta "Forces of Change: Women Artists of the Arab World" (Les Forces du Changement. Femmes Artistes du Monde Arabe) sous le titre "Princesse Jordanienne renie la conviction que l'Islam menace le monde occidental", et vous avez été citée comme suit: "Cette exposition est une manière de signaler à l'Amérique du Nord que nous désirons l'interaction culturelle". Pensez vous qu'à l'époque, ce signal ait été entendu?

WA: Bien sûr, il a été entendu par tous ceux qui ont visité l'exposition. Il est possible que les preneurs de décision n'aient pas reçu le "signal", mais ceux qui y ont été sensibles ont réagi positivement. Après l'exposition "Forces of Change: Women Artists of the Arab World", on m’engagea comme professeur invité à Agnes Scott College pour traiter des sujets touchant à la civilisation islamique, l’art et les questions de genre entre autres. J'ai énormément apprécié mes rencontres avec les étudiants ainsi que les questions et débats qui s'ensuivirent. J'y ai appris bien des choses et c’est avec plaisir que j'entretiens la mémoire de ces rencontres.


UiU: L'exposition itinérante "Breaking the Veils - Women Artists from the Islamic World" (Lever le Voile. Femmes Artistes en Terre d'Islam) actuellement en cours défini sa position clairement en présentant des oeuvres d'artistes musulmans, chrétiens, bouddhistes et hindous vivant dans le monde arabe. Comment l'exposition a-t-elle été reçue par le public? Avez-vous perçu des différences entre les pays dans lesquels elle a été montrée?

WA: Jusqu'à maintenant, "Breaking the Veils - Women Artists from the Islamic World" a été présenté en Grèce, en Espagne et à Paris et a bénéficié des mêmes réactions positives à tous les niveaux. À partir du mois de juin prochain, elle ira en Italie et au Portugal parmi d’autres pays européens avant de se diriger vers les États-Unis.


UiU: Quel serait, pour vous, le plus grand défi? (en tant qu'artiste, qu'historienne de l'art, enseignante, commissaire ou éditrice?)

WA: Mon plus grand défi est de faire face à l'ignorance, que se soit au sein de ma société en ce qui concerne l'art ou que se soit à l'étranger en ce qui concerne ma religion et ma culture.

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SAR Princesse Wijdan Ali est historienne de l'art, de formation universitaire, peintre et commissaire artistique.

Elle fit son doctorat (Ph.D.) en Art Islamique à la School of Oriental and African Studies (SOAS) à l'Université de Londres. Elle a écrit, édité et contribué à de nombreux ouvrages sur l'art islamique traditionnel et contemporain.

Princesse Wijdan Ali est fondatrice et présidente de la Société Royale des Beaux Arts de Jordanie ainsi que fondatrice et décan de la Faculté d'Art et de Design à l'Université de Jordanie.

Voir aussi:

Modern Art from the Arab World
Article du catalogue par Wijdan Ali. (anglais, à imprimer)

Wijdan:
New Works on paper

Exposition, 19 février -
27 mars 2004
The October Gallery
24 Old Gloucester Str.
Bloomsbury
Londres, WC1N 3AL

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