Universes in Universe / Art actuel du monde islamique /
Édition 2 - Mai 2003
URL: http://universes-in-universe.de/islam/fra/2003/02/forouhar/index.html
Annette Tietenberg
Voilé et dévoilé
La raison pour laquelle les oeuvres de Parastou Forouhar sont drapées de robes contextuelles
Extrait du texte au catalogue de l'exposition sur Parastou Forouhar, Nationalgalerie - Hamburger Bahnhof, Museum für Gegenwart, Berlin, 10 Mai - 29 juin 2003
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Sensibilisée par les mécanismes de mise au pas progressive et d'intolérance, Parastou Forouhar a toujours été du côté de ceux qui s'engagent pour le respect des droits de l'homme, l'ostracisme de la tyrannie et le renforcement de la société civile. Elle n'a pas peur de raconter son histoire propre dans le contexte artistique ou d'exploiter le forum auquel elle accède en tant qu'artiste pour rendre publique l'assassinat de ses parents, commissionné par les services de sécurité iraniens. Sous la forme d'une documentation strictement objective, elle rassemble la correspondance, les articles de journal et les photographies qui, tels une mosaïque, révèlent l'image d'un appareil de pouvoir répressif et sans scrupules, lequel se débarrasse de ses opposants inconfortables par lâche assassinat. Le visiteur qui veut en savoir plus que ce qui lui parvient en visitant l'exposition, ou qui désire contribuer à la diffusion des informations, peut reproduire la correspondance, les communiqués de presse et les réactions écrites sur la photocopieuse mise à disposition à cet effet et emporter les documents chez lui. De cette manière, Parastou Forouhar utilise l'espace de l'art pour diffuser informations et pensées. Au lieu de céder à un sentiment d'impuissance et de couler dans une tristesse paralysante, elle conserve ainsi une mémoire active de Parvaneh et Darius Forouhar, qui en 1998 furent attaqués à leur domicile à Téhéran, massacrés au couteau et abandonnés dans un bain de sang.
Malgré les horreurs, les échecs et les menaces, Parastou Forouhar croit encore en la possibilité du changement. Et elle donne confiance au fait que la vie ne consiste pas uniquement en des contrastes simplifiés. Elle, qui dû apprendre la douleur de trouver sa place dans l'ambivalence des signes, nous confronte à un art qui combine à la fois l'horreur et la beauté, le passé et le présent, l'inconnu et le familier. En toute connaissance du contrôle politique de l'ornement, elle n'a jamais cessé d'aimer ni la ligne douce et rythmée de sa langue maternelle ni les dessins suggestifs persans qui, dans la répétition et variation de leurs motifs individuels, démontrent un petit bout d'infini. À des chaises de bureau ordinaires, qui existent dans tous les petits bureaux étouffants du monde entier, elle prescrit des robes contextuelles, richement ornementées. Dans sa pièce "Funérailles", elle recouvre ce qui paraîtrait être des symboles neutres de la généralisation de la bureaucratisation de l'âge moderne avec des tissus imprimés de textes, qui même en tenant compte de leurs couleurs somptueuses ne sont que dans le meilleur des cas une réplique blafarde de la richesse artistique d'antan de la cour persane. Les visiteurs qui ne peuvent lire le persan se réjouissent de la multiplicité sans fin des caractères à reproduction technique. Ce n'est que sur demande qu'ils apprendront que leur admiration est dédiée à la plainte funèbre sanglante du martyr chiite Imam Hossein.
Vu d'une certaine distance, le papier peint "Mille et un jour", créé spécialement pour l'exposition, déploie un effet décoratif. Un examen plus proche, néanmoins, choque par le détail de ce qui, à première vue, paraissait anodin: le visiteur découvre des scènes cruelles de torture, clairement illustrées par Parastou Forouhar sur la base d'un mélange indivisible de fantaisie, de lectures et de récits témoins. L'artiste transpose les blessures du corps humain, conçues par des esclaves de torture anonymes afin d'infliger à leurs victimes sans visage les plus grandes douleurs possibles, dans des dessins schématiques d'ordinateur. Le style pictogramme aide à accroître l'ambivalence de la situation: la question de forme reste sans réponse: S'agit-il d'un mur des lamentations tissé à l'âge digital dans les uns et les zéros du code informatique, ou s'agit-il d'une collection de consignes, documentée sans émotions, dédiées à l'asservissement humain et suivies quotidiennement sans scrupules par une armée de gens fidèles au système?
© Texte: auteur / éditeurs.
Nous remercions l'auteur ainsi que les éditeurs pour l'autorisation de publier le texte
Parastou Forouhar: Mille et un jour
Exposition
Nationalgalerie - Hamburger Bahnhof, Museum für Gegenwart, Berlin,
WerkRaum. 14
10 mai - 29 juin 2003
Commissaires: Britta Schmitz et Alexandra Karentzos
Hamburger Bahnhof - Site Internet: www.hamburgerbahnhof.de
Catalogue:
80 Seiten, 3 Texte, zahlreiche Abbildungen.
Publié par: Staatliche Museen zu Berlin / Verlag
der Buchhandlung Walther König, Cologne
Prix: 12 Euro
© Website: Universes in Universe - Mondes de l'Art, Gerhard Haupt & Pat Binder